LE VIEUX-MONTRÉAL ET LE TOURISME: L'HEURE DE LA CONCERTATION

par Pierre Bellerose

Le Vieux-Montréal constitue l'un des plus remarquables ensembles architecturaux de l'Amérique du Nord avec la plus grande concentration d'édifices du 18e et 19e siècles sur le continent.

Sur ce lieu, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, établit en 1642, sous les auspices de la Société de Notre-Dame de Paris, une colonie avec un petit groupe d'hommes et de femmes. Les rues principales ont été tracées dès 1672.

Toutefois, diverses mutations ont modifié très fortement ce lieu d'activités durant les deux derniers siècles. Dans un premier temps, le Vieux-Montréal a subi de nombreux incendies tout au long de son histoire. Ces catastrophes naturelles font qu'il demeure très peu d'édifices qui remontent au régime français. De plus, au 19e siècle, de nombreux investissements britanniques et écossais ont fait de cette section de Montréal un lieu de commerce et d'affaires très dynamique. L'architecture en a été, bien-sûr, profondément marquée.

Toutefois, dans la première moitié du vingtième siècle, on assiste graduellement au déplacement des activités d'affaires du Vieux-Montréal vers le centre-ville qui amènera un désagrément du tissu urbain dans ce quartier ancien.

À partir des années '60 de nombreux instruments (commission de supervision, ententes gouvernementales, etc.) furent créées pour veiller à la préservation et à la restauration du Vieux-Montréal. On estime à près d'un milliard de dollars les investissements privés et publics dans ce secteur uniquement pour la période entre 1987-1993. Ces investissements ont modifié l'apparence défraîchie et rendu ce quartier beaucoup plus attirant pour les visiteurs. Les 70 millions de dollars qui ont été investis dans la rénovation du Vieux-Port ont aussi eu un impact non négligeable sur la revitalisation du Vieux-Montréal.

LE TOURISME ET LE VIEUX-MONTRÉAL : OPPORTUNITÉS OU OBSTACLES?

Contrairement à plusieurs autres villes où l'on retrouve un quartier ancien (ex. : New Orléans, Québec), la trame touristique de Montréal n'est pas concentrée principalement dans son secteur historique. Même si le Vieux-Montréal est une composante incontournable du tourisme à Montréal, on retrouve une concentration d'attraits dans plusieurs autres secteurs de la ville. En effet, des musées importants ainsi que des lieux de magasinage se retrouvent au centre-ville. De plus, on a assisté dans les années '70 à l'apparition d'un véritable pôle touristique dans l'est de la Ville de Montréal avec la construction du Stade Olympique.

Il n'empêche que le tourisme effectue des pressions sur le Vieux-Montréal. Pour arriver à déterminer les orientations, les intervenants touristiques du Vieux-Montréal ont organisé un premier Forum sur le tourisme dans le Vieux-Montréal dont l'objectif était d'en arriver à une meilleure concertation et cela en s'inspirant de la Charte du tourisme culturel qui a été adoptée par plusieurs organismes internationaux dans les années '70 dont ICOMOS.

En effet, selon cette Charte, "le tourisme culturel est celui qui a pour objet, entre autres objectifs, la découverte des sites et des monuments. Il exerce sur ceux-ci un effet positif considérable dans la mesure où, pour ses propres fins, il concourt à leur maintien en vie et à leur protection ... Cependant, quels que soient les motivations et les bienfaits qui en dérivent, le tourisme culturel, tel qu'il est actuellement pratiqué, ne saurait être séparé des effets négatifs, spoliateurs ou destructeurs, qu'entraîne l'emploi massif et incontrôlé des sites et monuments qui en font l'objet."

Il est important de mentionner que la réflexion sur le Vieux-Montréal ne s'est pas limitée à un discours entre acteurs touristiques et protecteurs du patrimoine architectural de Montréal. Dès les premiers débats, les résidents et les commerçants, ceux qui vivent et travaillent dans le Vieux-Montréal, furent intégrés.

Les partenaires au premier forum sur le tourisme dans le Vieux-Montréal sont parvenus à la même conclusion. Il apparaissait donc nécessaire de créer un mécanisme de concertation afin d'orienter, en fonction d'objectifs partagés, les efforts individuels consacrés à la mise en valeur du quartier.

La Table de concertation sur le tourisme et la qualité de vie dans le Vieux-Montréal a tenu sa première rencontre le 7 février 1994 et défini sa mission : concilier les différentes activités du quartier ancien et améliorer la qualité de vie des résidents et des usagers, tout en organisant et en relevant sa prestation touristique. En définitive, la table a comme objectif d'assurer un développement durable à ce quartier ancien qu'est le Vieux-Montréal.

Dans les premiers mois d'activités, la table de concertation s'est employée à identifier les irritants et les moyens de les minimiser. De concert avec des intervenants de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture, les résidents, commerçants et intervenants touristiques ont discuté des problèmes de sécurité, de bruits, des moyens d'améliorer la situation des artistes sur les rues, de la nuisance potentielle liée à la présence d'événements, etc.

Pour établir une vision à long terme, la table de concertation a rapidement formé un sous-comité chargé de proposer une démarche de réflexion sur l'avenir du quartier, ce qui devrait conduire à l'automne prochain, à un énoncé de principe sur la vision commune de ce que devrait être le Vieux-Montréal en tant que lieu d'habitation, d'affaires, de commerce, de culture, de loisir et de destination touristique. Pour y parvenir, il faut évidemment tenir compte des intérêts de chaque groupe, de ce que l'on souhaite et de ce que l'on ne veut pas; ceci suppose une compréhension mutuelle des préoccupations de chacun et leur collaboration quant aux solutions et aux moyens à mettre en oeuvre. Cet énoncé assurera au quartier un développement cohérent plutôt que disparate.

Le Vieux-Montréal accueille 5 millions de visiteurs par année, permet à 25 000 personnes d'y travailler et héberge près de 3 000 résidents. On ne peut donc qu'espérer que le travail de la table de concertation et la volonté de ses participants à faire du Vieux-Montréal un lieu où vivre, travailler, se récréer et se cultiver, permettra d'y arriver en harmonie. Somme toute faire du Vieux-Montréal un lieu vivant et authentique.

Pierre Bellerose est directeur de recherche et du développement et directeur de l'hospitalité au Bureau des Conventions et du Tourisme du grand Montréal.